L'échine du diable / El Espinazo del diablo (2002)


Réalisateur : Guillermo Del Toro
Genre : épouvante, fantastique
Année : 2002


Une fois off nous demande ce qu'est un fantôme. Une tragédie condamnée à se répéter, un instant de douleur, une chose morte qui croit continuer à vivre, une émotion suspendue dans le temps, une photo floue, un insecte dans capturé dans l'ambre.

Le ton est donné.

Espagne. La guerre civile espagnole. Le jeune Carlos (Fernando Tielve), environ 10 ans, arrive dans un orphelinat planté au milieu d'un désert. Il y est abandonné par un ami de son père. Ses parents sont morts, il l'ignore encore. Une bombe trône au milieu de la cour, elle n'a pas explosé.

Il s'adapte à sa nouvelle vie, aux ombres inquiétantes, aux traces d'eau inexpliquées. Il découvre très vite, la présence de "celui qui murmure", un enfant fantôme avec lequel, malgré sa terreur, il cherche à entrer en contact. Cet enfant, Santi (Junio Valverde) lui murmure : "Vous allez tous mourir".

Carmen (Marisa Paredes), la directrice à la jambe de bois, règne sur ce monde de jeunes garçons ; son vieil ami Casares (Federico Luppi), un professeur poète et mélomane est son confident. Il y a également un autre personnage important : Jacinto (Eduardo Noriega), l'homme à tout faire qui traîne son ombre malveillante, convoite l'or des révolutionnaires conservés dans un coffre, et épouvante les enfants, les empêchant de traîner dans les sous-sols sous peine de...mort.

Carlos s'avance progressivement dans ce monde de non-dits, de terreurs, d'espoirs aussi. Quelques illuminations viennent atténuer l'inquiétante atmosphère qui pèse sur sa nouvelle vie : l'austérité, l'absence de confort, sont balancées par la musique qui s'échappe de la chambre du professeur Casares, quelques feuilles de bandes dessinées partagées, et toutes les choses qui forment le monde de l'enfance.

Et puis Santi, le garçon qui semble avancer dans une bulle d'eau, un trou sanglant à la tempe, finit par être de moins en moins terrible, et celà au fur et à mesure que Carlos commence à connaître les habitants de l'orphelinat, leurs rapports, leurs terribles secrets d'adultes. Comme cet alcool qui conserve les foetus dans les bocaux, que le professeur Casares boit et n'hésite pas à revendre aux villageois.
Ces foetus à la colonne vertébrale malformée, que les villageois surnomment "l'échine du diable".

Santi demande à Carlos de le venger de Jacinto qui l'a tué : cet homme doit mourir.


Mon avis
:
Au delà d'un film d'horreur, nous sommes plutôt dans l'épouvante, il y a dans ce film tout ce qui me touche : l'enfance, les frayeurs, les angoisses, la témérité, les secrets, la force de vaincre, de survivre en terre hostile et inconnue.
Comme dans un tableau surréaliste, les enfants survivent au milieu de nulle part, abandonnés, en sursis, disposant ça et là de petits cadeaux du destin, moments de connivences, picorés comme un oiseau se contente de miettes pour aller de l'avant.
Les rêves n'existent plus, ils sont restés à la lourde porte qui séparent l'orphelinat du désert, quelque part dans un passé impossible, dans un monde que les hommes ont détruit dans leur folie.

Grâce à la superbe mise en scène, le choix des musiques, les couleurs, entre le jaune et le gris, la lumière et la nuit, ce film ne fait pas vraiment peur malgré le fantôme omniprésent. Un film qui vous hantera peut-être longtemps... tel un joyau serti dans l'ambre de votre mémoire !

4 commentaires:

  1. Je l'avais noté à sa sortie, puis remisé au rang des films, nombreux, que je n'ai pas vus. Il me semble que c'est du même réalisateur que 'Le labyrinthe de Pan' qui m'a bien plu. Il va falloir que je me procure celui-ci pour vérifier que le réalisateur est un grand.

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  2. Berlioz : c'est bien le même rélisateur, dont j'ai parlé ici même dans 2 autres films : le labyrinthe de Pan et Cronos, 2 films étranges et exceptionnels de par leur sujet, mais aussi de leur traitement quasi poétique.
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    Guillermo Del Toro

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  3. Ce guillermo del toro, c'est bien ce type qui joue dans un James bond? Une histoire de drogue cachée dans des camions citernes. Il était jeune a cette époque et finissait broyé dans une machine. Il était terrifiant dans ce rôle de petite frappe.
    Ca m'étonne pas qu'il ai réalisé un tel film.
    je veux dire mettre en principal rôle de fantôme, un enfant. Il me semble qu'il y en a peu, et c'est ce qui dérange. Comme une poupée sanglante.
    bises

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  4. Bonjour, je suis arrivé dans votre univers presque par hasard et je suis vraiment ravi d'avoir pu lire une aussi belle critique sur ce film que j'aime tout particulièrement.
    Je crois que ce film est avant tout un drame mâtiné de fantastique et une page douloureuse sur l'enfance durant une période troublée de l'Espagne.
    Si vous n'avez pas eu l'occasion de le voir, Darkness de Jaume Balaguero est un film de terreur pure abordant certains sujets proches de ce film.
    Au plaisir de vous lire...

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